POEMES SATURNIENS
Paul Verlaine
Melancholia
VIII L’angoisse
Nature, rien de toi ne m’émeut, ni les champs
Nourriciers, ni l’écho vermeil des pastrorales
Siciliennes, ni les pompes aurorales,
Ni la solennité dolente des couchants.
Je ris de l’art, je ris de l’homme aussi, des chants,
Des vers, des temples grecs et des tours en spirale
Qu’étirent dans le ciel vide les cathédrales,
Et je vois du même oeil les bons et les méchants.
Je ne crois pas en Dieu, j’abjure et je renie
Toute pensée, et quant à la vieille ironie,
L’amour, je voudrais bien qu’on ne m’en parlât plus.
Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille
Au brick perdu jouet du flux et du reflux
Mon âme pour d’affreux naufrages appareille.
Eaux fortes
V Grotesques
Leurs jambes pour toutes montures
Pour tous bien l’or de leurs regards,
Par le chemin des aventures
Ils vont haillonneux et hagards
Le sage, indigné, les harangue ;
Le sot plaint ces fous hasardeux ;
Les enfants leur tirent la langue
Et les filles se moquent d’eux
C’est qu’odieux et ridicules,
Et maléfiques en effet,
Ils ont l’air, sur les crépuscules
D’un mauvais rêve que l’on fait,
C’est que, sur leurs aigres guitares
Crispant la main des libertés,
Ils nasillent des chants bizarres,
Nostalgiques et révoltés,
C’est enfin que dans leurs prunelles
Rit et pleure – fastidieux –
L’amour des choses éternelles,
Des vieux morts et des anciens dieux !
- Donc, allez, vagabonds sans trêves,
Errez, funestes et maudits,
Le long des gouffres et des grèves,
Sous l’oeil fermé des paradis !
La nature à l’homme s’allie
Pour châtier comme il le faut
L’orgueilleuse mélancolie
Qui vous fait marcher le front haut,
Et, vengeant sur vous le blasphème
Des vastes espoirs véhéments,
Meurtrit votre front anathème
Au choc rude des éléments.
Les juins brûlent et les décembres
Gèlent votre chair jusqu’aux os,
Et la fièvre envahit vos membres
Qui se déchirent aux roseaux.
Tout vous repousse et tout vous navre,
Et quand la mort viendra pour vous,
Maigre et froide, votre cadavre
Sera dédaigné par les loups !
Paysages tristes
I Soleils couchants
Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves,
Comme des soleils
Couchant sur les grèves,
Fantômes vermeils
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils,
A des grands soleils
Couchant sur les grèves.
Paysages tristes
V Chanson d’automne
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone
Tout suffoquant
Et blême, quand,
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte
14.1.07
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22 commentaires:
C'est bizarre les poèmes : Cloches longtemps confondues dans la brume jusqu'au moment où un sonneur plus éveillé que les autres s'en empare pour alerter les coeurs assoupis .
les poèmes sont comme des cloches ? et les sonneurs, les poètes ? ou cexu qui les déclament ?
car s'ils s'en emparent et que ce sont les poètes, alors les poèmes ne leurs appartiennent pas
ce qui est peut-être le cas, u fois dit ou écrit, dit-on
oui. Je n'avais pas pensé si loin mais c'est bien comme tu le dis .
oui, même au départ d'ailleurs, les mots sont les leurs, mais pour la poésie ils ne sont pas seuls.. enfin c'est une idée
je n'ai toujours pas accès au forum, aux blogs hautetfort (Holly, Fleur, Kintana, Koan, Varna..)
C'est une idée à Marguerite Duras aussi , dans Emily.L . Si tu veux je te recherche le passage, qui m'a marqué .
oui je veux bien !
l'idée que la poésie semble venir du dehors de soi..? mais je pense qu'elle s'imprime en soi, et nous l'exprimons alors ..
"Elle, elle avait cherché à comprendre comment cette publication, ç'avait été possible. Et puis étrangement elle n'avait plus cherché à savoir . Ainsi elle s'était inclinée devant l'impondérable de la circonstance. L'immanence du poème, sa pénétration des âmes, était au fond aussi mystérieuse que celle-ci. Elle croyait que lorsque des poèmes étaient écrits dans un pays donné, très vite ils se répandaient ailleurs, propulsés par leur seule existence, au-delà des distances, des ciels, des mers, des continents, des régimes politiques, des interdits . Elle était quelqu'un qui avait tendance à croire que partout on écrivait le même poème sous des formes différentes . Qu'il n'y avait qu'un seul poème à atteindre à travers toutes les langues, toutes les civilisations ."
(Duras, Emily.L)
Les poêtes sont DING ...
Et dong...jusqu'au glas -;)
merci anonyme !
"Lasse de vivre, ayant peur de mourir ..." Verlaine en quelques mots (poemes de jeunesse) resume sa vie son oeuvre... Il est l'auteur de quelques plus belles pages de la poesie francaise...
U...
Merci pour ces vers, tout simplement...
Sur notre myspace on aurait pu mettre "Angoisse" de S. Mallarmé, mais on a mis "Brise Marine"... Les trois poètes ont composé des poèmes avec ce mot...
http://www.myspace.com/omind
Oh merci Xavier d'être passé par là !
ok Anonyme je vais jeter un coup d'oeil
Ca va ...
...
U...
bonjour et merci por ces textes de Verlaine ....c'est toujours un plaisir..
merci pour cet instant de poésie d'un vrai poète, ça faisait longtemps que je n'étais pas venu sur ton blog, je m'y sens bien accueilli, du coup.
ça va bien de l'autre coté de la terre?
c'est un plaisir Nen ! tout va bien, c'est la fête du nouvel an, très bonne ambiance sur Pékin, depuis samedi dernier..ça se termine aujourd'hui
Anne
et là je file au karaoké
pareil, ça fait longtemps que je ne suis passée sur ton blog, j'ai bien aimé le dernier poème que tu as déposé sur le forum slam..là je dois y aller mais je passerai lire tout ça bientôt !
Anne
oui, je commence quand même à m'essoufler un peu, avec à peu prés un poème par jour depuis début octobre.
N'hésite pas à venir m'y poser des défis d'écriture, des thèmes, etc...
Profite bien!
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